Maté & Macramé

Du wrestling en mode Cholitas!!

Les haut-parleurs grésillent. Les paroles incompréhensibles du commentateur résonnent dans le grand gymnase. Les spectateurs se trémoussent sur leur chaise. Au centre, le ring est vide. Mais pas pour longtemps.

Nous sommes dans l’Alto, une banlieue populaire de la ville de La Paz, la capitale de la Bolivie. C’est dimanche. La feria, l’un des plus grands marchés à ciel ouvert d’Amérique latine, propose ses étals de marchandises sur des kilomètres à la ronde. À 16h, divers centres sportifs offrent un spectacle insolite couru autant par les locaux que par les touristes.

Soudain, le rideau du vestiaire s’écarte. Un immense colosse en slip se dandine vers le ring en gonflant ses biceps. L’arbitre, sur ses talons, l’embrasse et le bichonne. C’est le favori. La foule commence à crier son indignation : « l’arbitre n’est pas impartial » !
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La première cholita s’avance dans l’arène. Vêtue de la traditionnelle jupe bouffante couvrant une demi-douzaine de jupons et coiffée de deux longues nattes enrubannées, la courageuse cholita a troqué son chapeau melon pour un masque de lutte. La cholita s’approche du gorille et de son allié, l’arbitre. La foule crie de plus belle : « le combat est inégal » !

Les deux adversaires sont sur le ring. Le combat commence. Le colosse s’empare du cou de la cholita, dont les bras battent désespérément l’air. L’arbitre entre en scène et commence à battre la pauvre femme , sous le rugissement des spectateurs. Ces derniers n’hésitent pas à bombarder les « méchants » de projectiles pour manifester leur désaccord. La cholita roule par terre, se fait tirer les couettes et se faire aplatir sur le sol.

Coup de théâtre ! Tout à coup, la cholita, fiévreuse de vengeance, se relève d’un bond et se jette sur l’homme deux fois plus gros qu’elle. En moins de deux, elle projette la brute par-dessus sa tête. Ce dernier atterrit au milieu du ring. Étranglé sous son emprise, le mastodonte renonce, vaincu. La cholita grimpe sur le cordage du ring en criant victoire. Les applaudissements fusent.
Les personnages masqués se succèdent sur le ring, mais le scénario demeure sensiblement le même. Après se faire rouer de coups par de grosses brutes, les cholitas renversent leurs bourreaux et sortent victorieuses des combats, au grand contentement de la foule.

Une revanche des femmes ? La lutte libre des cholitas, qui sortent toujours gagnantes, semble constituer une riposte caricaturale de la gent féminine sur la gent masculine, dans ce pays qui souffre du plus haut taux de violence contre les femmes en Amérique du Sud (sept femmes sur dix seraient victimes de violence au moins dans sa vie) selon un rapport de l’organisation panaméricaine de la santé (OPS) publié en 2013.

Théâtrale, drôle et insolite, la lutte libre de cholitas est un spectacle incontournable à voir à La Paz. Située à près de 4 000 mètres d’altitude, la capitale de la Bolivie a été classée parmi les sept nouvelles villes-merveilles du monde.

Qu’est-ce qu’une cholita ?
La cholita désigne la femme indigène aymara provenant de l’Altitplano andin. Son habit traditionnel est typique. Une jupe colorée gonflée par de multiples jupons de dentelles (jusqu’à sept) amplifie avantageusement sa croupe. Ses épaules sont généralement recouvertes d’un châle brodé. Enfin, un chapeau melon surmonte de longues tresses noires attachées ensemble par des pompons filamenteux. Historiquement discriminées, les cholitas s’affranchissent progressivement de l’élitisme du pays. En 2013, une loi déclara la cholita comme élément central du patrimoine culturel de la ville de La Paz.

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